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vendredi 28 octobre 2016

Lettres de l'intérieur de John Marsden

"Parfois, quand je t'écris, c'est comme si je m'écrivais à moi-même."

p.49





Lettres de l'intérieur de John Marsden
sortie en 1998 (version française), éditions L'école des Loisirs (Médium Poche)
6,80 €, 202 pages, ISBN: 978-2-211-22297-6
Service de presse

Synopsis:


Mandy et Tracey ne se sont jamais rencontrées, mais elles connaissent tout l'une de l'autre. Les deux ados ont entamé une correspondance à la faveur d'une petite annonce postée dans un magazine. Depuis, elles s'échangent des lettres souvent joyeuses et se confient leurs espoirs, leurs doutes, comme si elles se connaissaient depuis toujours.
La vie de Tracey semble parfaite. Une famille géniale, un petit copain sexy, des vacances de rêve et de l'argent à profusion... Trop beau pour être vrai? C'est à se demander. D'ailleurs, Tracey se contredit parfois dans ses propos. Elle trouve toujours une excuse pour ne pas envoyer sa photo et se sert d'une adresse en poste restante... Mandy finit par douter. Sa nouvelle amie pourrait bien avoir tout inventé.
Alors qui est la véritable Tracey? Qui se cache derrière ses lettres?


Quand on est amies, on doit pouvoir tout se dire. Même les pires secrets !

Mon avis:

Merci aux éditions l’Ecole des Loisirs pour cet envoi !

A travers un échange de lettres entre deux adolescentes, Mandy et Tracey, l’auteur australien John Marsden décrypte toute la complexité d’une relation amicale, entre confiance, mensonges, secrets. Les lettres sont ici « réelles », écrites à la main et non échangées par mail ou par un réseau social, comme c’est le cas de nos jours, avec de nombreuses amitiés virtuelles qui se créent via Facebook, Twitter, ou encore par des forums… Pour autant, les doutes sur l’identité et la véracité des propos de l’émetteur sont les mêmes. 

Dans ce roman, comment savoir à qui se fier, à quels mots ? Ni Mandy, ni Tracey, ni le narrateur car il est inexistant, ne peuvent prouver la véritable existence du contenu de leurs lettres, nous pouvons seulement y croire, ou faire des suppositions. Cette situation d’instabilité instaure un climat particulier, entre la curiosité, la peur et l’inconfort.

Lettres de l’intérieur est certes destiné à de jeunes adolescents, et cela se ressent lorsqu’on considère l’intrigue dans son ensemble ; mais il n’empêche que l’auteur, John Marsden, a une approche frontale, violente, concernant les situations des deux protagonistes. L’échange de lettres accentue cette impression, car le lecteur est plongé au plus près des adolescentes et de leur vie (réelle? inventée?). Leurs failles et blessures prennent une dimension plus importante, plus dramatique.

L’édition originale de ce roman date de 1991 en Australie, et je ne sais pas si un écrivain traiterait de nos jours de la même façon les sujets qu’aborde John Marsden : violence familiale, prison pour mineurs, conditions sociales difficiles…

Ce qui m’a le plus troublée pendant ma lecture est la noirceur de l’intrigue à laquelle je ne m’attendais pas. Un malaise m’a saisi pendant cette lecture beaucoup plus sombre que ce à quoi je m’attendais, tant la frontalité que le lecteur a avec les protagonistes est intense.

En tous cas, la couverture représente avec exactitude toute la tension et l’angoisse de ce roman, qu’un critique australien avait même qualifié de « pernicieux » !


Un roman étonnant, parfois glaçant, toujours ambivalent –entre amour et haine-.

mercredi 26 octobre 2016

Le copain de la fille du tueur de Vincent Villeminot

"Tu m'as parlé dans ta langue, doucement, lentement, tendrement. Comme on prie. Comme on remercie. Comme on chantonne. Comme on supplie. Je t'ai parlé à voix haute, à voix basse, en pensées, en actes et en vérité. Tout contre ta peau."

p.216

Le copain de la fille du tueur de Vincent Villeminot
sortie en septembre 2016, éditions Nathan
16,95 €, 264 pages, ISBN: 978-2-09-256522-3
Service de presse

Synopsis:

Charles vient d’intégrer un internat pour « gosses de riches », perdu au cœur des montagnes suisses. Avec Touk-E, son coloc, ils tuent le temps comme ils peuvent, allumant fausses révolutions et vrais incendies … jusqu’à l’arrivée de Selma. Elle est mystérieuse, solaire, solitaire… et fille d’un trafiquant de drogue en cavale.
Une histoire d'amour de Vincent Villeminot, à fleur de peau et les nerfs à vif !
 
Mon avis:

Merci aux éditions Nathan pour cet envoi !

Le copain de la fille du tueur est un roman mêlant une histoire d’amour tout en poésie, un thriller et une course-poursuite à l’américaine. 

L’intrigue est divisée en plusieurs parties : l’Institut Daillange (un lycée suisse) et l’amitié explosive entre Touk-E et Charles, puis l’arrivée de Selma, qui remet tout en cause, et qui bouleverse leur quotidien. Commence alors une course contre la montre avec pour ennemi le père de Selma, trafiquant de drogue. Une partie que j’ai moins appréciée, car la ressemblance avec de nombreux films d’aventure, thriller, policier, m’a parue beaucoup moins inventive et riche en émotions que le début… et la fin.
Malgré les multiples intrigues liées au trafic de drogue, peur, fuite, passé qui ressurgit, et qui à mon avis encombrent la trame principale de l’histoire, la quintessence de ce récit se tisse ligne après ligne pour se révéler au final dans la dernière partie du roman, à la fois plus intime et plus puissante.

Peu à peu le nombre de personnages présents diminue, ce ne sont plus que des noms ou des souvenirs. L’intrigue se resserre en effet peu à peu autour des deux protagonistes, qui se retrouvent tout d’abord auprès du père de Charles, un grand poète, puis dans la pureté de la nature, derrière sa protection quasi-totale.
Le récit donne de l’importance à des éléments essentiels et pourtant cachés par le bruit des ennuis précédents. Comme si Vincent Villeminot reniait finalement le commencement de l’histoire et prenait le lecteur par le bras : viens, c’est ici que se passent les vraies choses, celles pour lesquelles il faut accorder un peu d’attention ; la poésie, l’amour, la simplicité, les corps, la tendresse, la beauté des gestes et des pensées. 

« De nouveau, elle a ce geste évanescent de la main, pour dire qu’après, on verra. »
p.112

Pour raconter toute la puissance et la justesse par lesquelles Selma et Charles s’unissent, la narration se transforme et devient hybride entre poésie et romance, phrases courtes et grands paragraphes, citations des recueils du père de Charles, parallèle entre l’histoire d’amour de ses parents et l’histoire qu’écrivent à quatre mains Charles et Selma.

« Tout savoir de l’autre. Tout apprendre, vacants l’un et l’autre. Se dire, s’avouer, se dévoiler, comme si notre vie en dépendait. Cette confiance en l’avenir, pour la première fois, m’étourdit comme une ivresse. »
p.230

L’émotion monte, déchire, décime tous mes doutes sur le début du roman et me fait découvrir un Vincent Villeminot que je n’avais pas soupçonné, innocemment.
L’auteur, par la force délicate de ses mots, enlève toute force au lecteur, le subjugue par les nuances et variations de cet apprentissage de la vie par l’amour. Car c’est bien l’auteur qui raconte cet amour sûrement vécu ; Villeminot semble s’adresser directement au lecteur en s’affranchissant du narrateur.

Un roman certes inégal, mais qui exprime avec beauté, justesse et simplicité la complexité des rapports humains et la nécessité de s’aimer.