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mardi 30 août 2016

Le journal d'Aurore: Jamais contente... toujours fâchée ! de Marie Desplechin et Agnès Maupré


Le journal d'Aurore: Jamais contente... toujours fâchée ! de Marie Desplechin et Agnès Maupré
sortie en 2016, éditions Rue de Sèvres
15 €, 128 pages, ISBN: 978-2-36981-227-2
Service de presse

Synopsis:

Ado moyenne d'une famille moyenne, Aurore a une vie dramatiquement lamentable, probablement déjà ratée... en pire !
Les dialogues malicieux de Marie Desplechin se marient joyeusement au dessin inventif d'Agnès Maupré, pour brosser un portrait plein de drôlerie, de finesse et d'intelligence qu'on ne se lasse pas de lire et relire.

Mon avis:

Cinq ans après le premier tome de la saga "Le journal d'Aurore" de Marie Desplechin, voici son adaptation en bande-dessinée, par Agnès Maupré !
Merci aux éditions Rue de Sèvres et à Coline Ribue pour cet envoi.

Les aventures d'Aurore, cette adolescente à la fois flemmarde, drôle et gaffeuse ont bercé la fin de mon enfance. 
Marie Desplechin dépeint des situations dans lesquelles nous pouvons tous nous reconnaître, en y ajoutant une pointe d'absurde, de tendresse, de fatalisme qui rend le quotidien d'Aurore plus palpitant qu'elle ne le pense !

Les illustrations d'Agnès Maupré apportent un souffle nouveau à ce récit, le réinventent véritablement ! Je suis admirative du style artistique de cette illustratrice: l'intrigue conçue par Marie Desplechin prend une toute autre dimension, que l'on pourrait comparer à la saga Lou ! de Julien Neel.
Les planches sont composées avec beaucoup de couleurs, de motifs qui s’enchevêtrent, des scènes oniriques et poétiques, un brin d'inspiration asiatique, des petits détails qui envahissent les pages de chaque nouveau chapitre, des personnages expressifs et attachants !

Une excellente redécouverte de cette saga !
Joyeuse, pleine d'humour et de douceur, voilà la bande-dessinée parfaite avant la rentrée (et même après) ! 

dimanche 28 août 2016

Everything everything de Nicola Yoon


"Océan: Part d'infini en soi que l'on ignore, mais dont on soupçonne la présence depuis toujours."

p.233

Everything everything de Nicola Yoon
sortie en avril 2016, éditions Bayard
16,90 €, 362 pages, ISBN: 978-2-7470-5278-8
Service de presse

Synopsis:

Ma maladie est aussi rare que célèbre, mais vous la connaissez sans doute sous le nom de « maladie de l’enfant-bulle ». En gros, je suis allergique au monde. Je viens d’avoir dix-huit ans, et je n’ai jamais mis un pied dehors. 

Un jour, un camion de déménagement arrive. Je regarde par la fenêtre et je le vois. Le fils des nouveaux voisins est grand, mince et habillé tout en noir. Il remarque que je l’observe, et nos yeux se croisent pour la première fois. 

Dans la vie, on ne peut pas tout prévoir, mais on peut prévoir certaines choses. Par exemple, je vais certainement tomber amoureuse de lui. Et ce sera certainement un désastre.

Mon avis:

J'ai reçu ce roman dans le cadre du Prix Premier Roman Je Bouquine/Cultura, auquel je participe en tant que jury.

Everything everything est le savant mélange de la comédie romantique et de la tragédie. Amour, destin, mystère, violence, danger... Ces ingrédients magiques, liés par la belle plume de Nicola Yoon, vont faire chavirer les plus sensibles, même si quelques clichés sur l'amour adolescent se sont glissés.
Mais on pardonne, parce que mine de rien, cette intrigue est addictive, les personnages sont attachants, on pleure, on rit, on est horrifié et en colère, et surtout, on aime !

Bien que le fond de l'intrigue - l'impossibilité pour Maddy de sortir de chez elle - présage un roman triste, la force de l'amour prend rapidement le dessus et fait des miracles.
L'amour dans tous ses états: amour trop fort ou interdit, amour naissant ou violent, amour apaisant et éternel.
Ce roman est une montagne russe pour les lecteurs et lectrices à l'âme sensible et à l'esprit amoureux-triste (parce que ces deux qualificatifs vont de pair dans ce roman).

Les personnages principaux, Olly et Maddy, vivent la fin de leur adolescence. Tous deux ont une vie compliquée et très différente, mais leur souffrance commune va leur permettre de s'entraider pour s'émanciper et grandir.
Dans ce roman, le lecteur fait face à un processus terrifiant concernant une histoire familiale: être chosifié dans et par l'amour maternel.
C'est le récit d'un renouveau, d'une libération qui fait renaître Maddy à elle-même, après une adolescence très particulière, coupée du monde par cette étrange maladie de l'enfant-bulle.
Maddy s'est construite par les romans, seule façon pour elle de s'évader et d'apprendre le monde extérieur, connaître toutes ces personnes qu'elle ne doit jamais voir.
Peut-on vivre par les romans? Oui, et encore oui. Peut-être n'est-ce pas suffisant, mais les références littéraires de Maddy, les leçons qu'elle en tire pour sa vie, lui donnent de l'aplomb dans ses réflexions, lui servent de béquille et la poussent à agir. 
Olly, quant à lui, est particulier et attirant. C'est son besoin de liberté et d'aventure qui le définit dans ce roman. Ainsi que sa sensibilité, sa tendresse, évidemment...


 Un très beau roman que j'ai dévoré en quelques heures: c'est pétillant et coloré, toujours éclatant d'une vérité douloureuse !

L'adaptation cinématographique par Stella Meghie a été annoncée avec pour acteurs Amandla Stenberg et Nick Robinson: je l'attends avec impatience !

vendredi 26 août 2016

Les Fils de George de Manu Causse

Les Fils de George de Manu Causse
sortie en juin 2016, éditions Talents Hauts (Ego)
8 €, 167 pages, ISBN: 978-2-36266-150-1
Service de presse

Synopsis:

"-Et ton copain, alors? Il allait bien?
Je commence à lui expliquer que Mardochée n'est pas vraiment un copain, juste un type de la classe; je lui raconte ce qui s'est passé. Je n'aurais sans doute pas dû car, au bout de quelques minutes, elle me coupe la parole pour me demander:
-Il s'appelle vraiment Mardochée? C'est bizarre, quand même.
-C'est son nom, quoi.
Elle me regarde d'un air soupçonneux:
-C'est pas un de ceux de la secte, quand même?
Je ne réponds pas, ça ne servirait à rien.
Je n'aime pas lui mentir et elle ne va pas aimer la vérité."

Mon avis:

Merci aux éditions Talents Hauts pour ce partenariat et à Lucie Kosmala pour l'envoi !

Ce court roman aborde le thème des sectes et de l'amitié, en alternant le récit de Mardochée et celui de Léo. Mardochée fait partie d'une secte, les Fils de George, et Léo est l'un de ses camarades de classe, qui va tenter de l'aider, de discuter avec lui.
Après le décès de Chrysostome, le coreligionnaire de Mardochée, ce dernier commence à douter de la religion qu'on lui a imposée, et Léo jouera un rôle très important dans la quête de réponse de Mardochée.

Les chapitres alternés permettent de suivre en parallèle la progression des deux protagonistes, de mettre en balance leurs réactions, leurs pensées.
L'esprit d'entraide entre lycéens et leur relation entre protection et amitié sont des notions bien exploitées par l'auteur, Manu Causse.
Cet ouvrage raconte le quotidien de la secte (on peut penser aux témoins de Jéhovah par exemple), et ses répercussions sur la psychologie de ses membres: pas de manière très précise ou très approfondies, mais cette plongée terrifiante dans ce monde méconnu m'a donné envie d'en savoir plus.


Ce roman offre une première approche de ce sujet complexe qu'est le monde sectaire, ses causes et conséquences. 
Une bonne lecture qui me donne envie d'approfondir le sujet de l'embrigadement psychologique dans les sectes.

Autre roman de Manu Causse:

http://img.livraddict.com/covers/190/190435/couv17279450.jpg

jeudi 25 août 2016

Ces rêves étranges qui traversent mes nuits de Stéphanie Leclerc

"La réalité finit par nous rattraper, la bulle par éclater, et le monde finit toujours par tout dévorer. Pourquoi nos enfants seraient-ils heureux? Pourquoi réussiraient-ils là où nous avons échoué? On ne peut même pas le leur reprocher. On ne vaut pas mieux."

p.160

Ces rêves étranges qui traversent mes nuits de Stéphanie Leclerc
sortie en mars 2016, éditions L'école des Loisirs
250 pages, 15,80€, ISBN: 978-2-211-22812-1
Service de presse

Synopsis:

Qu'est-ce qu'on va faire de toi ?
Cette question, tout le monde se la pose à propos de Robin.
Il vient d'être exclu du collège. Sa mère ne veut plus s'occuper de lui. Son père, pris entre son travail à l'imprimerie et sa nouvelle histoire d'amour, n'a pas beaucoup de temps à lui consacrer. Robin doit attendre le mois de septembre maintenant pour envisager une formation. Et c'est loin, septembre. D'ici la prochaine rentrée, Robin doit trouver à s'occuper. Il va souvent au cinéma, trouve des petites combines pour se faire un peu d'argent de poche et pouvoir manger au Bosphore, le kebab du coin. C'est là qu'il remarque une fille mystérieuse, aux yeux verts, qui enflamme son imagination. Mais il est peut-être en train de se faire des films...

Mon avis:

Un grand merci aux éditions L'école des loisirs pour cet envoi !

Dans ma tête, ce roman est une histoire de printemps et de début d'été.
Ces saisons où la nature se réveille, où le ciel prend des couleurs pastels et où le soleil divulgue d'étranges lumières particulièrement euphorisantes. Où tout semble frais, grand, où l'espoir fait vibrer nos âmes.

Cet ouvrage m'a fait ressentir toute la puissance du cinéma à travers l'histoire de Robin, exclu de son collège, et qui passe ses journées, perdu, entre le kebab et le cinéma.
L'atmosphère si particulière de ce roman s'installe dès les premières pages, grâce au style délié et gracieux de l'auteure.
Robin n'est pas fait pour plaire, c'est même tout le contraire: il est antipathique au début, puis on devine un mélange de tendresse, de tristesse, de volonté aussi en lui. Une envie de l'aider, de le suivre, d'être son amie m'a prise et m'a accompagnée tout au long de cette lecture.

Voilà le genre de roman que j'aimerais relire, pour m'offrir des morceaux de ciel bleu, des bouts de salle noir, des étincelles de sourires et le pétillement des yeux de Robin et Turquoise, un des personnages qui va le sortir de sa torpeur.

Un livre comme un film, des phrases qui s'accrochent telles des nuages dans ma tête et les voix des personnages qui résonnent, leurs déplacements dans l'espace qui paraissent orchestrés et programmés.
Oui, Ces rêves étranges qui traversent mes nuits se décompose en scènes, en plans; les descriptions nous révèlent des ambiances et des décors; les personnages prennent vie sous nos yeux.


Merci, Stéphanie Leclerc, pour ces 250 pages de littérature-cinéma puissantes et troublantes.
J'espère avoir, par ma chronique, transmis un peu de la beauté ensoleillée et fraîche de ce coup de cœur littéraire.

mercredi 24 août 2016

SORTIE EVENEMENT: Songe à la douceur de Clémentine Beauvais

"Pourquoi voudrait-on reconnaître ses pensées
dix ans plus tard,
quand le miroir nous montre bien qu'on a changé?
On place plus haut nos idées
que notre visage, on se dit
qu'elles ne changeront jamais, nos pensées platines,
nos inoxydables promesses.
Oui, elles étaient vraies alors
et seront fausses plus tard, ces paroles de Tatiana;
là où le présent caresse,
plus tard le passé pince.
Et alors? Cette nuit, ces pensées sont la vérité même.
Or, pour une seule pensée,
être vraie même une seule fois,
même une seule nuit,
c'est déjà une prouesse."

p.68



Songe à la douceur de Clémentine Beauvais
sortie le 24 août 2016, éditions Sarbacane (Exprim')
15,50 €, 248 pages, ISBN: 978-2-84865-908-4
Service de presse





Synopsis:

"Un roman en vers: révolutionnaire !" Alice (Aldiaphora)

"Peut-on tomber amoureuse d'une histoire d'amour? J'ai testé pour vous. La réponse est oui." Mathilde (Ma Malle aux Livres)

"Fulgurant de beauté... Le plus beau roman que j'aie lu jusque-là." Tom (La Voix du Livre)

Mon avis:

Cette semaine, je me suis penchée sur six romans qui ont inspiré Clémentine Beauvais pour Songe à la douceur, sous le nom des "Inspirations littéraires Clémentines Beauvais". Merci à tous ceux et celles qui les ont suivies !

J'ai eu la chance de lire le tapuscrit de ce roman au début de l'année, juste avant mon stage aux éditions Sarbacane: un immense MERCI à eux pour leur confiance et pour cette occasion ! 
J'ai été d'emblée éblouie par la beauté de cet ouvrage si particulier.

Place à présent au bouquet final, au point d'exclamation, au rayon de soleil...
La chronique de cette incroyable épopée amoureuse et poétique: Songe à la douceur !


Lorsqu’on commence ce roman, on est directement interpellé par la mise en page. En effet, ce roman, réécriture d'Eugène Onéguine de Pouchkine, est aussi écrit en vers, ce qui implique ici des jeux de retours à la ligne, d’espaces, de décalage des mots...
La lecture est fluide et rapide, avec un récit tantôt oral, tantôt poétique et lyrique.
C'est une poésie biscornue mais magnifique, 
Comme la vie qui entre les doigts nous quitte,
Qui s’échappe et finit par se casser.
Cette particularité impose un rythme de lecture, à la fois haletant et lancinant, comme l’histoire d’amour que vivent Eugène et Tatiana, entre deux époques, deux périodes de la vie. Le lecteur est donc guidé par ces pauses imposées, ces respirations qui rendent le récit si délicat.
A goûter cette mise en page et à déguster ce récit, il apparaît que cette manière d’écrire est digne d’un travail de dentelière.
Les mots sont si minutieusement coupés, agencés, déplacés, qu’ils forment une petite musique propre à Songe à la douceur, une musique propre à la relation qu’entretiennent Tatiana et Eugène, décousue et légère.


"On est dur avec soi-même quand on se voit de loin,
 on se déteste à retardement."
p.67

Lorsque Eugène et Tatiana se redécouvrent, dix ans après leur première rencontre, les choses ont changé. Tatiana est devenue une étudiante en histoire de l’art acharnée à préparer sa thèse, avec une idée précise de sa vie future. C'est un personnage bien loin de l’adolescente amoureuse et rêveuse qu’elle était.
Eugène, âgé de trois ans de plus qu’elle, autrefois un adolescent un peu distant, est à présent celui qui ferait tout pour elle.
Tous les deux adultes, la différence d’âge s’est effacée, mais pas les évènements du passé - en l’occurrence, la souffrance aiguë née d'un amour non partagé, et la mystérieuse mort de leur ami Lenksy -.
Comme une revanche que Tatiana aurait prise sur Eugène, c’est elle qui à présent le domine ; c’est elle qui a un plan de carrière tout tracé et pas de place pour le rêve et l’amour.
Malgré tout, l’amour entre ces deux personnages est intact. Une question subsiste : comment le vivre maintenant après l’avoir raté il y a dix ans ?


On remarque de nombreuses différences avec le roman de Pouchkine, Eugène Onéguine, dont l'auteure s'est librement inspirée. L'intrigue principale est bien sûr conservée, et Clémentine Beauvais glisse de nombreuses références à la Russie dans Songe à la douceur.

Vous savez à présent ce qu'il vous reste à faire: courir en librairie, car cette pépite signée Clémentine Beauvais est sortie aujourd'hui même !


 La playlist de "Songe à la douceur":  
https://www.youtube.com/playlist?list=PLJVomRE1jWSQGh1jXY12YyZAjTL9LolLu




-Eugène Onéguine de Pouchkine
-Les fleurs du mal de Baudelaire
-Poèmes saturniens de Paul Verlaine 
-Poésies d'Arthur Rimbaud
-The weight of water de Sarah Crossan  
-L'écume des jours de Boris Vian


  Le blog de Clémentine Beauvais:
http://clementinebleue.blogspot.fr/

Mes chroniques des autres romans de Clémentine Beauvais:
-Comme des images
-Les petites reines
-Carambol'ange: L'affaire Mamie Paulette
 

mardi 23 août 2016

L'écume des jours de Boris Vian - Inspirations littéraires Clémentine Beauvais #6

"A l'endroit où les fleuves se jettent dans la mer, il se forme une barre difficile à franchir, et de grands remous écumeux où dansent les épaves. Entre la nuit du dehors et la lumière de la lampe, les souvenirs refluaient de l'obscurité, se heurtaient à la clarté et, tantôt immergés, tantôt apparents, montraient leur ventre blanc et leur dos argenté."

p.174


L'écume des jours de Boris Vian
2008 pour la présente édition, Le Livre de Poche
6,90 €, 350 pages, ISBN: 978-2-253-14087-0


Synopsis:


Un titre léger et lumineux qui annonce une histoire d'amour drôle ou grinçante, tendre ou grave, fascinante et inoubliable, composée par un écrivain de vingt-six ans.
C'est un conte de l'époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, féerique et déchirant. 
Dans cette œuvre d'une modernité insolente, livre-culte depuis plus de soixante ans, Duke Ellington croise le dessin animé, Sartre devient une marionnette burlesque, la mort prend la forme d'un nénuphar, le cauchemar va jusqu'au bout du désespoir.
Seules deux choses demeurent éternelles et triomphantes : le bonheur ineffable de l'amour absolu et la musique des Noirs américains...

Mon avis:


Dernier article des "Inspirations littéraires Clémentine Beauvais" (vous pouvez retrouver les autres chroniques en cliquant ici) à l'occasion de la sortie, demain, de son roman en vers libre Songe à la douceur aux éditions Sarbacane.

L'écume des jours est un classique datant de 1947, que j'avais depuis longtemps envie de lire, après avoir vu l'adaptation cinématographique de Michel Gondry en 2013. 
Je me rappelle être sortie de la salle de cinéma vraiment déprimée ! Je ne connaissais pas encore ce roman, et l'ambiance du film m'avait mise mal à l'aise. En effet, les décors rapetissent, s'assombrissent, et en tant que spectatrice j'avais cette désagréable impression que le film m'enfermait dans son désespoir grandissant. Pour autant, j'avais été impressionnée par l'inventivité du réalisateur. Même si ce n'est pas un souvenir de cinéma joyeux, ce film m'a marquée et les images qui me sont restées en tête ont accompagné ma lecture.


Après le mariage de Colin et Chloé, tout se dégrade autour d'eux: la santé de Chloé est mise à mal par un nénuphar dans ses poumons, les dettes de Colin s'accumulent, leur appartement s’obscurcit mystérieusement...
Commence alors le déploiement  de moyens farfelus pour contrer le destin. Mais ce dernier les rattrape toujours, malgré les petits boulots de Colin, les innombrables bouquets de fleurs pour guérir Chloé, les voyages à la campagne...
Boris Vian fait basculer des gestes du quotidien dans l'absurde, les rendant drôles, émouvants ou juste terrifiants - à la limite de l'horreur.

Ce roman est dansant même dans les moments les plus glauques.
Au début, les lumières de la jeunesse, des fêtes et de l'amour baignent les pages d'un halo rougeoyant; puis au fil de l'histoire, comme un vinyle rayé, les mots tressautent, les personnages échouent et la luminosité diminue, diminue, jusqu'à nous serrer la gorge et à nous étouffer.
Je me suis sentie oppressée par ce roman, certes, découvrant des personnages toujours plus lugubres et malsains. Cependant, je n'ai pas eu l'impression que Boris Vian m'emprisonnait dans son univers comme j'avais pu le ressentir au cinéma.
A présent, les images que je me suis faites du livre s'imposent à moi et sont plus personnelles, plus intimes. 
En conclusion, ce sont deux expériences à vivre: parfois cauchemardesques, terriblement uniques !



Vous ne ressortirez pas indemne de cette lecture, la tête déboussolée par tant de néologismes, de poésie et de jazz !



lundi 22 août 2016

Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine - Inspirations littéraires Clémentine Beauvais #5

"Vivez, et soyez ivres d'elle,
Amis, de la légère vie !
Elle est néant, tout le rappelle,
Et peu de chose m'y relie.
J'ai passé l'âge des mirages,
Mais des espoirs un peu volages
Essaient parfois de m'habiter:
Je serais triste de quitter
Ce monde sans laisser de trace.
Je n'écris pas pour qu'on me loue,
Mais j'aimerais, comprenez-vous,
Chanter mon sort et ma disgrâce,
Et que mes vrais amis, les sons,
Disent au monde ma façon."

XXXIX (p.89)




Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine, traduction d'André Markowicz
2005 pour la présente édition, éditions Actes Sud (Babel)
8,70 €, 379 pages, ISBN: 978-2-7427-7784-6


Synopsis:

“Placé du côté de la légèreté, du sourire, le roman de Pouchkine est unique dans la littérature russe : il n’apprend pas à vivre, ne dénonce pas, n’accuse pas, n’appelle pas à la révolte, n’impose pas un point de vue, comme le font, chacun à sa façon, Dostoïevski, Tolstoï, ou, plus près de nous, Soljénitsyne et tant d’autres, Tchekhov excepté…
En Russie, chacun peut réciter de larges extraits de ce roman-poème qui fait partie de la vie quotidienne. A travers l’itinéraire tragique d’une non-concordance entre un jeune mondain et une jeune femme passionnée de littérature, il est, par sa beauté, par sa tristesse et sa légèreté proprement mozartiennes, ce qui rend la vie vivable.”

A. M.

André Markowicz, qui s’applique depuis des années à faire connaître la richesse de la littérature classique russe, propose ici une remarquable traduction en octosyllabes rimés du chef-d’œuvre de Pouchkine.

Né à Moscou en 1799, tué en duel en 1837 à Saint-Pétersbourg, Alexandre Pouchkine n’est pas seulement le plus grand poète russe, il est à l’origine de la langue russe moderne ; il a lancé tous les débats qui, à travers le XIXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, ont fondé la vie intellectuelle de la Russie.
Mon avis:

Cette chronique est la cinquième dans le cadre des "Inspirations littéraires Clémentine Beauvais" (retrouvez les autres articles en cliquant ici).
Je ne pouvais passer à côté de ce classique russe, datant de 1833, dont Clémentine Beauvais s'est librement inspirée pour son roman Songe à la douceur.
En effet, bien qu'on note de nombreuses différences entre Eugène Onéguine et le roman de C.Beauvais, la trame principale de l'intrigue reste identique. 
L'intrigue, la voici: 
Eugène est un jeune homme qui aime faire la fête, et qui se retire finalement à la campagne. Il y fait la connaissance d'un nouveau voisin, Lenski: ces deux hommes deviennent amis "pour tuer le temps".
Lenski tombe amoureux d'Olga Larine, tandis que sa sœur aînée Tatiana succombe au charme d'Onéguine. Elle écrit à ce dernier une déclaration d'amour passionnée; touché, Onéguine apparaît cependant froid et refuse le mariage, déclarant: "L'hymen serait notre torture". 
A la fête d'anniversaire de Tatiana, un drame éclate. Là pourrait s'arrêter l'histoire de Tatiana et Eugène, et pourtant, quelques années plus tard, ils se retrouvent. Mais depuis le temps de leur jeunesse, les rôles se sont inversés: comment cela se terminera-t-il?

Ce que j'apprécie tout particulièrement dans ce roman en vers, c'est la place que prend l'auteur dans son récit.
En effet, Pouchkine commente son intrigue en cours à la fin de chaque chapitre, ce qui permet au "lecteur bénévole" de sortir de l'histoire entre chaque action importante. 
Pourquoi? A l'époque, ce roman fut publié chapitre par chapitre, sur une période d'environ dix ans (entre 1823 et 1831). Cela permet à Pouchkine de prendre quelques libertés concernant la censure:

"Le plan, la forme se proposent,
Je cherche un nom pour mon héros.
Mais mon roman fait une pause
Car mon premier chapitre est clos;
Je l'ai relu d'un œil sévère:
On y dit tout et son contraire,
Pourquoi devrais-je corriger?
C'est au censeur de s'en charger.
Aux journalistes en pâture
J'offre ce fruit de mes efforts:
Va, gagne les nordiques bords
O ma nouvelle créature,
Que je moissonne mes succès:
Cris, racontars, mauvais procès !"

p.63

Il est donc vraiment intéressant de connaître ce roman-poème, pour d'une part comprendre la naissance de Songe à la douceur, et pour se constituer une culture littéraire, ce chef-d’œuvre s'imposant comme un emblème de la littérature russe.

Vous pouvez vous renseigner sur ce roman et sur ses multiples adaptations d'une manière enrichissante, en consultant cette excellente source:
-Onéguineries par... Clémentine Beauvais elle-même, sur son blog Clémentine Bleue !

Un article extrêmement complet, où l'auteure de Songe à la douceur nous explique au moyen de commentaires amusants et décalés son avis sur les différentes versions du roman, sur les versions de l'opéra, sur le film...
Elle nous donne le lien vers une émission radio de France Culture sur Pouchkine, relatant une rencontre avec André Markowicz, le traducteur d'Eugène Onéguine (Les Nouveaux chemins de la connaissance, replay ici).

Si vous souhaitez écouter l'opéra de Tchaïkovski, vous pouvez trouver de nombreux extraits sur Youtube (Clémentine Beauvais en a sélectionnés plusieurs sur son article Onéguineries).
Et pour le voir (presque) en vrai, le 22 avril 2017 sera diffusé dans certains cinémas (dont celui de ma ville, ouf!), cet opéra, en direct du MET de New-York !

Pour finir sur les versions de cette œuvre, voici la bande-annonce du film datant de 1999.
Je n'ai pas encore pu le visionner, mais ce sera chose faite prochainement !

Retour sur le roman !
L'édition que je possède est la plus récente, avec pour traducteur André Markowicz, chez Actes Sud, collection Babel.
Cette collection prestigieuse est agréable à manier, le grain des pages est doux au toucher et j'aime beaucoup l'odeur du papier (c'est important, tout de même !). Voilà pour le côté objet de cette édition.
La traduction a duré plus de vingt ans, soit le double du temps qu'a pris l'écriture en russe: vous voyez le travail abattu ! 
La préface de Mickaël Meylac (qu'il est indispensable de lire, car elle apporte des éclaircissements sur le roman et sur la traduction) explique toutes les difficultés à traduire la poésie de Pouchkine en français. André Markowicz a donc tenté "de rapprocher au maximum le vers syllabique du vers russe, syllabo-tonique, bref, de transmettre les particularités de la métrique russe avec les moyens du français." 
Un peu compliqué, certes, mais fort intéressant !

Ensuite, laissez-vous porter par les rimes et l'histoire: c'est une lecture passionnante, enrichie par les multiples notes de bas de pages, qui aident d'ailleurs à surmonter les quelques difficultés de compréhension;par exemple celles concernant les surnoms donnés au personnage, que je n'ai pas tout de suite compris (Eugène Onéguine/Evguéni)... 
D'ailleurs, j'ai pris des notes tout au long de ma lecture, chapitre par chapitre, pour avoir une vision d'ensemble sur l'intrigue. Pour un classique imposant, cela permet de mieux comprendre et de s'en souvenir plus longtemps !

Pour finir en beauté, les annexes et notes du traducteur sont un complément utile pour lire les strophes "retranchées de l'édition définitive", celles qui ont été tronquées; et puis 22 pages d'explications d'André Markowicz sur cette œuvre, sa place dans la culture russe, ses conditions d'écriture.

Pour tous ces points positifs, je trouve cette édition très complète, car elle donne une autre dimension à ce roman !
 "Quoi que j'aie pu, en lieu et place,
Sentir, je ne le ressens plus;
Tout se transforme, tout s'efface -
Dormez en paix, tourments perdus.
J'imaginais indispensables
Les flots nacrés baignant le sable,
L'écho des vagues, le désert,
Et l'Idéale au regard fier
Et l'ineffable du martyre...
A d'autres rêves d'autres temps:
Vous êtes rentrés dans le rang,
Mes jeunes songes, mes délires,
Et, composant mes poésies,
J'ai mis de l'eau dans l'ambroisie."

p.278
Eugène Onéguine peut être défini par de nombreux termes: comédie romantique, mais avant tout drame, évidemment poésie lyrique, mêlant beauté et violence. 
C'est un délice que de se glisser entre ses pages, entre les vers que l'on lit sans même s'en rendre compte, tant la lecture est fluide et douce !


Pour ma part, ce roman-poème m'a donné envie de découvrir la littérature russe, l'opéra, et m'a véritablement ouvert de nouveaux horizons !
Le talent, le génie littéraire d'Alexandre Pouchkine (ainsi que celui d'André Markowicz) sont indéniables et sauront vous convaincre, j'en suis certaine !



dimanche 21 août 2016

The weight of water de Sarah Crossan - Inspirations littéraires Clémentine Beauvais #4

"Kanoro looks sad and says: 
'Happiness should be your revenge, Kasienka.
Happiness.'

And tough he is right,
It makes me feel worse
Because I do not know
How to be happy."

p.134

The weight of water de Sarah Crossan
sortie en 2012, éditions Bloomsbury
£ 8,99, 228 pages, ISBN: 978-1-4088-2300-2
Lu en VO anglais

Synopsis:

Armed with a suitcase and an old laundry bag filled with clothes, Kasienka and her mother head for England. Life is lonely for Kasienka. At home her mother's heart is breaking and at school friends are scarce. But when someone special swims into her life, Kasienka learns that there might be more than one way for her to stay afloat.

Mon avis:

Voici le quatrième article de la série des "Inspirations littéraires Clémentine Beauvais" (retrouvez les autres chroniques ici).
Je vous invite également à lire la très belle chronique de Tom sur ce roman, en cliquant juste là.
Encore de la poésie, mas cette fois dans un roman d'actualité sur l'immigration, et en vers libre. L'anglais se sublime dans ces pages, chaque mot prend de l'ampleur et je n'ai pas rencontré de problèmes de compréhension: ce n'est que du plaisir !

The weight of water est composé de courts poèmes racontant le parcours de Kasienka, une polonaise de douze ans qui déménage précipitamment avec sa mère en Angleterre, dans l'espoir de retrouver son père.
Une nouvelle vie semée d'embûches commence alors, notamment avec les autres enfants de son école. Mais Kasienka, par sa volonté de fer, trouvera la force de se relever et de vivre, grâce à quelques précieuses personnes qui l'aideront et lui feront confiance. 

C'est un magnifique roman, délicat et léger, bien que les sujets abordés soient souvent douloureux (comme le harcèlement scolaire et les difficultés d'intégration).


Un roman en vers comme celui-là ne s'attarde pas sur les décors, les images, les couleurs.
Un roman en vers découpe les émotions des personnages, leur vie, leur présent, à la manière d'un dentellier.
C'est au lecteur de tout imaginer: j'ai dû ajouter un visage à la douce et bouillonnante de colère Kasienka,
J'ai dû inventer l'architecture de son école, de sa piscine, du studio dans lequel elle vit avec sa mère.
Et c'est peut-être ça la force d'un roman,
Quand les mots deviennent à la fois des personnages et leur habitat,
Quant la poésie devient couleur, forme, texture,
Quand les rimes remplissent l'espace et se réinventent sans cesse.

Le lecteur, ici, est chorégraphe du mouvement des phrases,
Choisissant tantôt de courir sur un vers
Puis de détacher langoureusement le suivant.
Le texte prend alors une liberté nouvelle, qui n'est pas présente dans les romans avec de longues et nombreuses descriptions.

La couleur bleue est omniprésente dans ce roman, à la fois comme symbole des larmes de Kasienka, et comme symbole du bassin de natation, qui se révèle être le lieu d'épanouissement de cette jeune fille.
Le pouvoir de l'eau sur notre corps, la beauté et la force poétique de cet élément, deviennent un personnage à part entière dans ce roman, comme ils le sont dans le film "L'effet aquatique" de Solveig Anspach (que je vous conseille absolument !).




De plus, le roman est tant que livre-objet est vraiment beau: la couverture à rabas peut être retirée, et laisse ainsi apparaître la couverture rigide bleu océan, avec pour unique écriture le titre et l'auteure en argenté sur la tranche du livre. Et à l'intérieur, tout est écrit non pas en noir, mais en bleu.
Des petits détails qui font une grande différence !

Une excellente lecture pour un roman particulier, fragile: ne passez pas à côté de ce petit bijou !


vendredi 19 août 2016

Poésies d'Arthur Rimbaud - Inspirations littéraires Clémentine Beauvais #3

"J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixai des vertiges."

Alchimie du verbe dans Délire (Une saison en enfer)



Poésies d'Arthur Rimbaud
Date de publication de la présente édition: 1993, éditions Classiques français
221 pages, ISBN: 2-87714-132-4


Synopsis:

Son œuvre poétique, Arthur Rimbaud le visionnaire (1854-1891) l'a composée entre sa dix-septième et sa dix-neuvième année. Son génie précoce et fugace, mélange de nostalgies d'enfance, d'hallucinations - certaines pièces ont été composées sous l'influence de la drogue -, de détresses et de vertiges, a marqué toute la poésie du XXe siècle. Aucun de ses contemporains n'a compris ce révolutionnaire de la poésie, à l'exception de Verlaine, qui veillera à la publication de son œuvre, et de Mallarmé, pour lequel ce précurseur fut "une aventure unique dans l'histoire de l'art. Éclat d'un météore, allumé sans motif autre que sa présence, issu seul et s'éteignant."

Mon avis:

Parmi tous les recueils de poésies que j'ai lus jusqu'à présent, le recueil Poésies de Rimbaud est celui qui m'a le plus passionnée.
Outre les célèbres poèmes Sensation ou encore Le dormeur du val, qu'on apprend souvent à l'école, j'ai découvert d'autres formes poétiques, des textes et des poèmes qui semblent sortir d'un autre monde.
Cette lecture m'a transportée de la première à la dernière page, et j'ai autant apprécié les poèmes en vers que les poèmes en proses, comme les Illuminations ou les Appendices.

Dans Poésies, c'est le poème Rêvé pour l'hiver (octobre 1870) qui m'a particulièrement marqué, par sa douceur et son exaltation amoureuse.

"L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
             Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
             Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,
            Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
             De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée...
Un petit baiser, comme une folle araignée,
            Te courra par le cou...

Et tu me diras : " Cherche ! " en inclinant la tête,
- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
          - Qui voyage beaucoup..."


Ensuite, j'aimerais vous faire découvrir un extrait dans Une saison en enfer, du poème en prose Délires. Je trouve magnifique la façon qu'a Rimbaud d'expliquer sa façon d'écrire.

"La vieillerie poétique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe.
Je m'habituais à l'hallucination simple: je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac; les monstres, les mystères: un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi.
Puis j'expliquai mes sophismes magiques avec l'hallucination des mots !
Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit.
J'étais oisif, en proie à une lourde fièvre: j'enviais la félicité des bêtes, - les chenilles, qui représentent l'innocence des limbes, les taupes, le sommeil de la virginité !
Mon caractère s'aigrissait. Je disais adieu au monde dans d'espèces de romances."



Ou encore ces quelques lignes dans Appendices, les Lettres dites du voyant, où Rimbaud parle des femmes poètes.

"Ces poètes seront ! Quand sera brisé l'infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l'homme, jusqu'ici abominable, - lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi ! La femme trouvera de l'inconnu ! Ses mondes d'idées différeront-ils des nôtres? -Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses; nous les prendrons, nous les comprendrons."

Les Poésies de Rimbaud représentent un coup de cœur particulier pour moi: j'espère que cet article vous aura plu !


jeudi 18 août 2016

Poèmes saturniens de Paul Verlaine - Inspirations littéraires Clémentine Beauvais #2


"-Ah ! les premières fleurs, qu'elles sont parfumées !
Et qu'il bruit avec un murmure charmant
Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées !"

Nevermore (Melancholia, II, dans Poèmes saturniens)
  
Poèmes saturniens de Paul Verlaine
Première édition: 1866, édition personnelle: Grands textes classiques
148 pages, 10 francs (oui, mon édition est un peu ancienne), ISBN: 2-7434-0047-1

Synopsis:

Les Poèmes saturniens parurent en 1866. C'est le premier recueil de Paul Verlaine (1840-1896). Il les aurait écrits au lycée à l'âge de 16 ans, précédant, dans l'inspiration et le lyrisme, Rimbaud, qui sera son ami et démon. On y trouve déjà tout ce qui fera la fameuse "musique verlainienne", légère et sentimentale, l'art de ciseler la mélancolie, voir la tristesse de l'amour et du bonheur jamais atteints. Qualités et ton que l'on retrouve dans les délicieuses et fragiles Fêtes galantes (1869), un autre chef-d’œuvre de celui qui sera, malgré la déchéance de l'alcool, élu Prince des poètes par ses admirateurs et restera, son génie enfin reconnu, l'un de nos grands magiciens du verbe, et du vers...

Mon avis:

Cette chronique fait partie d'une série d'articles sur les inspirations de l'auteure Clémentine Beauvais pour son nouveau roman en vers libres, Songe à la douceur, qui sort en librairie le 24 août.
Plus d'informations sur la page Facebook du blog, en cliquant ici.

Ce recueil, regroupant à la fois Poèmes saturniens et Fêtes galantes, est celui que j'ai trouvé le plus compliqué à lire. 
En effet, les textes sont denses, quelques-uns sont très longs, et les poèmes sont parfois de véritables histoires faisant appel à une culture littéraire... que je n'ai malheureusement pas encore ! 

Cependant, j'apprécie le recul que prend Verlaine sur son rôle de poète. Il explique au lecteur, dans l’Épilogue (III) des Poèmes saturniens, son travail de poète: 

"Ce qu'il nous faut à nous, c'est l'étude sans trêve,
C'est l'effort inouï, le combat nonpareil,
C'est la nuit, l'âpre nuit du travail, d'où se lève
Lentement, lentement, l’œuvre, ainsi qu'un soleil !

 [...]

Nous donc, sculptons avec le ciseau des Pensées
Le bloc vierge du Beau, Paros immaculé,
Et faisons-en surgir sous nos mains empressées
Quelque pure statue au péplos étoilé,

Afin qu'un jour, frappant de rayons gris et roses
Le chef-d’œuvre serein, comme un nouveau Memnon,
L'Aube-Postérité, fille des Temps moroses,
Fasse dans l'air futur retentir notre nom !"

Cette introspection sur son propre travail d'écrivain et de poète est une très belle façon de clôturer son recueil, et cela permet de mieux comprendre les rouages de ses poèmes !
C'est aussi une sorte de remerciement à sa Muse, à ses Idées, comme on peut le voir dans ces vers, qui se situent au début de l’Épilogue (II):

"Donc, c'en est fait. Ce livre est clos. Chères Idées
Qui rayiez mon ciel gris de vos ailes de feu
Dont le vent caressait mes tempes obsédées,
Vous pouvez revoler devers l'Infini bleu !

Et toi, Vers qui tintais, et toi, Rime sonore,
Et vous, Rythmes chanteurs, et vous, délicieux
Ressouvenirs, et vous, Rêves, et vous encore,
Images qu'évoquaient mes désirs anxieux,

Il faut nous séparer. Jusqu'aux jours plus propices
Où nous réunira l'Art, notre maître, adieu,
Adieu, doux compagnons, adieu, charmants complices !
Vous pouvez revoler devers l'Infini bleu."

  Illustration pour Les fêtes galantes de George Barbier (1928)
Source: Pinterest
Pour finir, un poème que j'ai beaucoup aimé, dans le recueil Fêtes galantes.
Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne?
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

- Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve? - Non.

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.

- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.


Avez-vous déjà lu Verlaine? Qu'en pensez-vous?