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mardi 12 janvier 2016

Alice au pays des merveilles, vu par les illustrateurs


(tumblr)

Un conte a été particulièrement mis à l'honneur cette année, notamment au Salon du Livre de Montreuil, par une exposition, "Wonderland, la logique du rêve", en raison des 150 ans de l’œuvre.
Hé oui, il s'agit bien d'Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll!
 Disney nous impose sa vision de cette histoire, mais qu'en est-il des illustrateurs? 
Quel regard portent-ils sur ce conte universel?
Découvrons et analysons deux versions de ce conte, par des illustrateurs français, Benjamin Lacombe, qui vient de sortir une magnifique édition de ce conte, et Rebecca Dautremer, illustratrice d'un tout aussi splendide album datant de 2010.
Je vous invite à lire leur interview sur le site du Salon du Livre de Montreuil, car ces illustrateurs y expliquent avec beaucoup de précision leur impression vis-à-vis de cette œuvre et leur interprétation différente.

J'apprécie particulièrement les réponses de Rebecca Dautremer, car elle explique très justement ce que beaucoup de lecteurs et moi-même ressentons par rapport au texte de Lewis Carroll: une impression de malaise face à cette histoire sans queue ni tête. 
Pour ma part, je lis avec plaisir ce conte  jusqu'au chapitre 9. Après, la tortue fantaisie et autres, c'est trop, je lâche l'affaire. Je n'y trouve plus aucun sens, les personnages sont beaucoup moins intéressants que le ver à soie, ou encore le chapelier fou. L'intrigue se perd dans un grand déballage de personnages animaliers, et l'absurde prend le dessus. Cette histoire me laisse un goût amer, je repose le livre presque dégoûtée.
Et pourtant...! On peut sans difficulté y trouver des double sens: personnage sous l'influence de drogues, hallucinations... Vu comme ça, au revoir le conte pour enfant, et bienvenue dans le Londres underground! 
Justement, je trouve que les dessins de Benjamin Lacombe approfondissent énormément ce côté de l'histoire: Alice en jeune fille pâle, mi-innocente mi-provocante, lapins aux yeux injectés de sang, transformations inquiétantes...





Alice au pays des merveilles par Benjamin Lacombe

Editions Soleil, collection Métamorphose, 
287 pages


Avec la version de Benjamin Lacombe, j'ai ressenti ce besoin d'être rassurée par ce livre-objet. Lors de ma lecture, je le prenais, respirais l'odeur des pages, puis je me perdais dans les motifs, les illustrations en noir et rouge au bord des pages, la petite écriture fine, les pages, le léger craquement de la couverture à l'ouverture et à la fermeture...
 Un culte, une admiration que je lui porte comme je le ferais avec un précieux manuscrit recélant des secrets.

http://www.bdgest.com/preview-1841-BD-alice-au-pays-des-merveilles-illustree-par-benjamin-lacombe.html?_ga=1.28955836.1655016506.1447262949 

Le texte est indispensable; on ne peut pas uniquement regarder les illustrations, car il n'y a pas énormément de vues d'ensemble, de lieux montrés dans leur intégralité. Comme les personnages font penser à ceux de Disney, j'ai imaginé un univers à peu près semblable.
Autour du texte, dont la taille évolue en fonction de la taille d'Alice (entre autre), sont disposées des illustrations en noir et rouge représentant les personnages principaux ou certains éléments du décor. Des doubles pages avec rabats montrent des plans (le plus souvent) rapprochés d'Alice, lorsqu'elle se met à grandir démesurément, dans une maison par exemple.
J'ai remarqué qu'il n'y avait pas beaucoup de visions d'ensemble, mais plutôt des portraits, les éléments les plus importants qui s'égrènent au fil des pages.

C'est une vision assez sombre, et angoissante, que nous livre l'illustrateur.
Cette accumulation de personnages aux joues creusées et au visage pâle entraîne le lecteur dans une galerie cauchemardesque.
 Les couleurs et le choix de plans et des rabats instaurent, plus qu'un univers très précis, une ambiance diffuse à la cruauté prononcée.

Les annexes à la fin de cette édition constituent un réel "bonus", qui nous fait découvrir les correspondances entre Lewis Carroll et Alice Lidell ou d'autres petites filles, ainsi que les photographies de celles-ci par Lewis Carroll (d'ailleurs vraiment ambiguës...)
Elles sont suivies des "Notes & Notices": les jeux de langage d'Alice, la bibliographie de Lewis Carroll, la chronologie... 


(la dédicace de Benjamin Lacombe, à destination de mon père, au Salon du livre de Montreuil 2015)


Alice au pays des merveilles de Rebecca Dautremer,

Editions Gautier-Languereau, 139 pages

La version de Rebecca Dautremer est très différente de celle de Benjamin Lacombe.
Son dessin, les couleurs qu'elle utilise, et même le format du livre et la mise en page donnent une tout autre impression de ce conte.
En effet, les couleurs sont claires, et tendres. Alice n'est plus la jeune bourgeoise aux cernes creusés et aux cheveux blonds, mais une enfant ressemblant à la vraie Alice Lidell, carré châtain, l'air sauvage. 


Le texte est quasiment facultatif, car l'on pourrait rester des heures sur chaque décor. Contrairement à Benjamin Lacombe, Rebecca Dautremer privilégie sa réinterprétation de l'univers d'Alice, un monde doux, grand, qui laisse rêver, sans possibilité de cauchemarder...
Pour moi qui ai du mal avec l'univers oppressant et malsain d'Alice, Rebecca Dautremer a réussi à sortir ce personnage de son monde habituel pour la "téléporter", quelque peu modifiée, dans un décor colorée, agréable à regarder, et totalement inédit!

http://www.bedetheque.com/BD-Alice-au-pays-des-merveilles-Dautremer-Alice-au-pays-des-merveilles-131069.html


Lire cette version est une grande bouffée de fraîcheur, de beauté... Les dessins de Dautremer ne semblent tenir que sur un fil, en équilibre dans ce monde merveilleux.


Ce conte peut donc être vu sous différentes angles, et les personnages peuvent se détacher de l'image que leur a donné Disney. 
Ces deux albums sont magnifiques, et je ne saurai les départager!
Ces deux illustrateurs ont chacun un style très personnel que j'apprécie énormément.
 D'un côté, Benjamin Lacombe et ses personnages diaboliques et fascinants, de l'autre, Rebecca Dautremer, révolutionnaire, qui réinvente avec tendresse ce conte si codifié dans nos esprits.

8 commentaires:

  1. Très intéressant ton article ! Personnellement, je préfère la version un peu glauque de Benjamin Lacombe, mais les illustrations des deux dessinateurs sont à couper le souffle *-*

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    1. Merci! Ce sont des styles très différent, mais tout deux magnifique!

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  2. Très bel article ♥ Deux albums qui me tentent plutôt bien, surtout celui de Benjamin Lacombe.

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  3. Super article ! :)
    J'espère pouvoir découvrir ces albums aux illustrations splendides.

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    1. Merci! Je l'espère aussi, ce sont de magnifiques ouvrages!

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  4. Très chouette ce genre d'articles :) J'adore Rebecca Dautremer et Benjamin Lacombe, ce sont vraiment des illustrateurs talentueux *o*

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